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A la pépinière Ganter

En rentrant de mon repos annuel au bord du lac de Côme, je me suis arrêté chez un pépiniériste allemand près de Freiburg (Baden-Württemberg) afin de vérifier la disponibilité d’arbres de la variété ‘La Flamboyante’.  C’est à mes yeux une excellente variété, originaire de chez un arboriculteur du Valais Suisse, qui ne se trouve pas chez les pépiniéristes belges et qui me conduit donc à me fournir en Allemagne.

Une autre raison qui m’a poussé à contacter un pépiniériste allemand est qu’ils ont l’habitude de travailler avec des portes-greffe forts, principalement dans le cadre de la mise en place de vergers à jus.  J’envisage en effet de planter dans les trois ans qui viennent plusieurs variétés sur porte-greffe fort afin de former des arbres dit ‘demi-tige’ : Daliclass, Elise, Flamboyante, Reinette Hernaut, Topaz et Sirius.

En allant voir les jeunes arbres en parcelle, Joachim Ziser, le pépiniériste, me pose la question suivante : ‘Est-il aussi difficile de trouver de la main d’oeuvre en Belgique ?’.  Je suis tout d’abord supris.  Certes Angela Merkel a accueilli de nombreux demandeurs d’asile en sachant que l’économie allemande, au vu de la démographie du pays, a besoin de main d’oeuvre étrangère.  Mais je ne pensais pas entendre le même constat en Allemagne que ce que j’avais déjà entendu aux Pays-Bas, en France et en Belgique.  Et Joachim (57 ans) de reprendre : ‘Quand j’ai commencé, les jeunes Allemands des environs venaient gagner de quoi s’acheter un vélo ou une mobilette en travaillant à la pépinière.  Je les voyais grandir, année après année.  Aujourd’hui, c’est comme s’ils recevaient tout de leurs parents…  De plus la législation nous interdit maintenant de les faire travailler avant seize ans.  C’est malheureux de compter les arbres le soir, d’estimer le travail du lendemain et de savoir que, si on ne trouve personne, ils vont être perdus…’. 

Joachim ne me dit pas si, tout comme Bernd Steinebach, un autre pépiniériste allemand de la région de Bonn chez qui j’achète d’autres variétés depuis plusieurs années, il a recours a de la main d’oeuvre polonaise.  Si tel était le cas, peut-être aurait-il constaté, comme d’autres collègues belges, que ces dernières années, les travailleurs polonais sont un peu moins nombreux qu’avant.  Peut-être aurait-il également pensé que c’est dû à l’amélioration de la sécurité sociale en Pologne ces dernières années.  Par contre, il me parle de l’Ukraine.  ‘Je suis allé voir deux, trois entreprises en Ukraine.  Ils m’ont dit avoir d’énormes difficultés à trouver de la main d’oeuvre !  Avec la guerre, sept millions d’Ukrainiens ont trouvé refuge en Pologne.  Si ils ne trouvent pas rapidement de la main d’oeuvre, l’économie ukrainienne va s’effondrer.  Et la Pologne en profite au passage pour refuser d’accueillir des demandeurs d’asile africains puisqu’elle a déjà accueilli les Ukrainiens.’

On peut imaginer que, comme autrefois les flamands puis les Italiens dans les mines et l’industrie wallonne, les travailleurs ukrainiens fournissant la main d’oeuvre pour les travaux considérés comme pénibles, les Polonais suivent le même itinéraire par rapport au travail agricole que les autres pays d’Europe de l’ouest.

Le problème se pose de façon plus aiguë en agriculture biologique.  En effet, les molécules de synthèse utilisées en agriculture conventionnelle permettent d’obtenir des résultats que l’on obtient mécaniquement ou à la main en agriculture biologique : désherbage, éclaircissage, régulation de la croissance, entretien sanitaire de la plante.  C’est donc quasi inévitable : un hectare de culture biologique demande plus de main d’oeuvre que le même hectare conventionnel ou raisonné.  C’est entre autre pour cette raison que les produits biologiques coûtent plus cher que leurs équivalents conventionnels.

Rassurons-nous, tout va bien : on nous annonce la possibilité de recourir en Wallonnie aux travailleurs ukrainiens à partir de 2020.  Enfin, s’il en reste.  Sinon  il faudra aller plus loin ou faire comme l’Italie et la Turquie : accueillir des demandeurs d’asile…