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Belgique-Turquie : 0-1

Les producteurs de cerises belges sont victimes des importations turques alors même que ce pays autorise l’utilisation d’un pesticide interdit dans de nombreux pays européens en raison de sa toxicité. Ceci ne semble pourtant pas déranger certains acteurs de la grande distribution belge. Il est vrai qu’on n’y est plus à un scandale près.

En cette haute saison footballistique, il ne s’agit pourtant pas de ballon rond mais bien de cerises.  La saison 2018 est excellente d’un point de vue météorologique pour la production des cerises douces en Belgique.  Mais les producteurs conventionnels ne se frottent pas pour autant les mains : les prix sont presque moitié moins élevés que l’année dernière.

Et pourtant, cela semble encore trop pour les clients de la grande distribution puisqu’on me rapportait, fin juin, que Delhaize vendait des cerises turques et que les volumes négociés dans les criéées belges étaient ridiculement bas.  Sont-elles meilleures ?  Je ne le pense pas même si je ne les ai pas goûtées vu que je mange bio.  Serait-ce parce qu’elles sont moins chères ?  Et tant pis alors pour les producteurs locaux qui ont investi 75.000 € par hectare dans des vergers sous filet afin de protéger les fruits des intempéries et des insectes.

C’est là que je commence à me poser des questions à la fois sur la règlementation européenne, belge et wallonne ainsi que sur la politique migratoire européenne, si tant est qu’il y en ait une.

Deux poids, deux mesures : le diméthoate.

Commençons par la règlementation.  La Belgique interdit depuis deux ans une molécule de synthèse, le diméthoate.  Cet insecticide permet de lutter, entre autre, contre une drosophyle importée du Japon, drosophila suzukii, qui cause des dégâts de plus en plus importants aux cultures de fruits rouges en Europe.

La France interdit également le diméthoate mais il me semble que les autorités françaises ont eu, au moins dans un premier temps, la présence d’esprit d’interdire les importations de cerises ayant été traitées au diméthoate (lire cet article en Anglais).  Cette année, le diméthoate a sans doute perdu de sa toxicité puisque les importations turques ont repris.  La Belgique (ou bien est-ce la Wallonnie, je ne sais pas mais le ministre non plus ;-)) n’a semble-t-il pas mis en place de mesure similaire par rapport aux importations de cerises traitées au diméthoate.  En résumé : les producteurs de cerise belges ne peuvent plus utiliser de diméthoate pour des raisons de santé mais les magasins belges peuvent encore en vendre en raison du caractère timoré de nos autorités face au sacro-saint marché unique.

En gros, c’est comme si on interdisait la consommation d’alcool aux citoyens belges sur le territoire belge, tout en autorisant les touristes présents en Belgique à continuer d’en consommer.

Main d’oeuvre bon marché.

En ce qui concerne la politique migratoire européenne, l’agriculteur que je suis ne peut pas s’empêcher de penser au fait que l’UE paye la turquie pour garder les demandeurs d’asile syriens sur son territoire.  Demandeurs d’asile qui, à mon avis, ne manquent pas de constituer une main d’oeuvre agricole bon marché.  Tellement bon marché que l’on imaginerait même pas, en Belgique, qu’il soit possible de faire travailler quelqu’un pour un tel salaire et certainement sans sécurité sociale.

De là à dire que les agriculteurs belges payent deux fois la note, le pas est facile à franchir.  Une première fois via le budget européen et l’aide à la turquie, une deuxième fois par le biais de la baisse des prix des produits agricoles venant des pays, européens ou non, qui accueillent la majorité des demandeurs d’asile.

On ne peut pas créer un espace économique au sein duquel les marchandises circulent librement alors même que les règles environnementales, sanitaires et sociales y sont différentes.  Bien que cela me semble simple à comprendre, je constate depuis de nombreuses années que ceux qui nous dirigent l’ignorent totalement.